[ Intelligence artificielle ] Quel avenir pour la créativité musicale ?

Alors que l’application Google Play Musique vient d’annoncer la révision de son interface et l’ajout d’une certaine dose d’intelligence artificielle dans son appli, nous sommes en droit de nous demander jusqu’à quel point les sciences cognitives, comme on les appelle, régissent notre vie.

On oublie trop souvent que nos smartphones sont de puissants ordinateurs, en mesure de nous informer et de nous divertir, et de répondre à nos attentes, de jour comme de nuit. Avec les dernières avancées, notre assistant de poche est désormais capable de garder en mémoire nos recherches de façon plus précise, d’analyser la tonalité de notre voix lors de la commande, et d’en déduire quelle playlist est la plus adaptée à notre humeur du moment.

En amont, côté production musicale, la mécanique ne nous laisse pas en reste : il y a quelques semaines, un des laboratoires de Sony, le Computer Science Laboratory situé à Paris, annonçait avoir composé une musique s’inspirant des Beatles. Et pour cause : le Flow Machines a pris en compte une base de données de pas moins de 13000 références, rassemblant tout ce qui compose un morceau (rythme, mélodie, instruments…), puis a filtré tous ces résultats correspondant à l’oeuvre du quatuor britannique. Ainsi, Daddy’s Car pourrait être défini comme le premier “faux tube” venu d’un passé qui ne nous semble plus si lointain.

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Le duo UVB 76, présent lors des Transmusicalesconsidère aujourd’hui le son et la vidéo comme un tout indissociable, passant autant de temps sur la réalisation de l’un que de l’autre : “Ce qu’on essaie de proposer au public passe par les yeux et les oreilles”. Il nous donne son point de vue sur ces nouvelles technologies dont il puise sa créativité, mais qui menacent de supplanter leurs activités :

Il existe des installations et des lives dans le domaine des arts numériques où le contenu est généré de façon aléatoire ou procédurale par un ordinateur. Mais le processus est forcément écrit par un humain en amont. Est-ce que les machines pourront un jour accomplir un geste créatif de manière autonome et improvisée ? Est-ce qu’elles pourront ressentir, comprendre ou produire une oeuvre artistique ? Il faudrait déjà qu’on puisse définir ce que sont les émotions, les pulsions, les instincts et comment tout cela fonctionne chez l’homme, avant de pouvoir envisager la possibilité de le répliquer sur une intelligence artificielle.

Au delà des arts et des sciences, c’est aussi et surtout aux domaines de la philosophie et de la sociologie auxquels on fait appel lorsque l’on s’intéresse à l’intelligence artificielle. Quant à savoir si un ordinateur remplacera un jour le jugement de Jean-Louis Brossard, tête chercheuse et grand ponte des Transmusicales, beaucoup d’entre nous seront d’accord sur le refus de cette possibilité : la place pour les coups de cœur subjectifs ne serait plus à prendre, les artistes marginaux ne passeraient pas le filtre de l’émergence, et c’est le festival tout entier qui perdrait de son essence.

Google, Sony et les acteurs de l’industrie musicale ne sont pas les seuls géants à s’attaquer à ce vaste chantier ; Facebook emploie actuellement 6 chercheurs français dont le sujet de travail porte essentiellement sur le traitement automatique du langage, sa reconnaissance et celle des images. Une diversification qui viendra compléter l’algorithme de la timeline, participera activement au développement du réseau social dans un futur proche, et cimentera les premières bases initiées par les chatbots.

Au delà de la créativité instrumentalisée, c’est tout notre rapport au hasard et à la sérendipité qui pourrait être touché. Ne plus découvrir un morceau en se fiant à des algorithmes qui pensent nous connaître mieux que nous-mêmes deviendra-t-il un des dangers contre lesquels la robotique est pourtant censée nous prémunir ?

Des questions qui pourront être abordées lors des keynotes de la Digital Tech Conference et des émotions qui seront partagées lors de la soirée aux Transmusicales.

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